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#1 21-01-2012 13:06:47

Nourcito
Nouveau membre

Questionnement sur l'attitude juste face à son enfant autiste profond

Bonjour,

Il y a quelques années ma future ex épouse a commandé une méthode sur internet ... elle a reçu des CD qu'elle a commencé à écouter régulièrement.

Parfois j'étais là, et par curiosité j'ai écouté un peu, un bout ici puis un bout là ... et j'ai trouvé tout ça tellement plein de bon sens que j'ai d'abord commencé par une écoute systématique puis je me suis mis à suivre la méthode, à pratiquer, à expérimenter... et à changer profondément.

Avant de poser ma question, je tiens donc à dire ici ma reconnaissance envers la vie pour avoir mis les CD de Bruno sur mon chemin, et à féliciter Bruno pour son approche qui m'a semblé être faite "juste pour moi".


Ma question donc.
Nous avons un fils autiste de 14 ans qui n'a que très peu d'autonomie.
S'occuper de lui est une activité à plus que plein temps.
Même à deux, nous n'arrivions pas à assumer.
Il a donc été inscrit dans une école "spécialisée" pour quelques heures, puis pour une nuit, puis de plus en plus ...
Actuellement il ne passe qu'un we sur deux hors de cette école ... et les jeudis soirs. Depuis la séparation je ne le vois plus qu'un we par mois ...

Mon soucis est que cette école "spécialisée" est plus un outil social pour parquer les "bizarres" qu'un lieu d'intégration. Alors je culpabilise.

Je suis très à l'aise avec le concept d'être responsable de sa vie et avec l'inexistence de la culpabilité qui en découle ... au moins en ce qui concerne les personnes qui ont la possibilité de prendre elles-même en main la responsabilité de leur vie.

Mais lui ?

Si on considère que nos âmes choisissent leur incarnation, je peux bien me dire qu'il a choisi cette vie ... et alors ? cela me décharge-t-il d'avoir à lui donner tout ce que je peux pour ... avoir une bonne vie même après ma mort ?

Bien sur, j'ai aussi considéré l'angle de vue selon lequel il est venu pour m'apprendre quelque-chose, et que quand je l'aurai appris il n'aura plus de raison d'être handicapé ...
Et pour moi il est clair qu'il a été, qu'il est un grand maître, et qu'il m'a permis de m'ouvrir aux réalités autres que scientifiques et matérielles.
Et j'ai constaté que plus je suis zen et mieux il va.

Du coup, j'aurais tendance à culpabiliser un peu plus de ne pas apprendre suffisamment vite ... ou à me rassurer avec des constructions mentales du genre "c'est sa maman qui a encore besoins de son handicap" ...


Je tourne en rond dans ce cercle vicieux depuis quelques temps sans trouver de porte de sortie, alors je me suis dis qu'il faut apporter quelque chose de nouveau ... et peut-être qu'une discussion ici me permettra de saisir ce à côté de quoi je passe.

Probablement que ces quelques mots sont insuffisants pour palper la réalité de la situation, et qu'il faudra une plus longue discussion pour y voir clair.

C'est à cette discussion que je vous invite ici.


Le pire des conseillers est celui qui croit savoir.

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#2 21-01-2012 16:21:26

Re: Questionnement sur l'attitude juste face à son enfant autiste profond

Bonjour Nourcito

Tu as choisi un chemin de vie bien difficile... Avoir la responsabilité d'un enfant ayant besoin d'accompagnement à plein temps est très exigeant...  Je ne connais aucun parent d'enfant autiste qui trouve que la vie est facile...  Nous avons un rythme de vie de fou !  Le temps est en accélération, il en reste peu pour soi et les choix personnels...

Personnellement, je n'ai eu qu'un enfant, une très belle fille que la vie m'a confiée de l'âge de zéro à 3½ ans... Ensuite dans mon divorce, la Vie me l'a enlevée.. Je n'ai pas pu la revoir avant l'âge de 16 ans... J'avais le droit de garde, de visite dans un jugement de cour, mais c'est inapplicable...

Je peux dire que c'est l'épreuve la plus dure et la plus difficile que la Vie m'a imposée.....
Je n'ai rien vécu qui approche la souffrance, la colère, la culpabilité, l'ennui, le refus et j'en passe...

Mais ce qui m'a permis de m'en sortir, c'est "L'acceptation"  quand j'ai vu que tous les recours ne donneraient rien que plus de procédures et de problèmes, j'ai accepté ce fait...
Une amie m'avait dit un jour: "elle cherchera son père et elle te reviendra"...

Quand nous avons eu nos premières discussions profondes sur le sens de la vie et sur les événements qui s'étaient produits, elle avait 28 ans...  C'est le temps qu'il m'a fallu pour qu'on puisse se parler et se dire "les vraies choses"...

Elle m'a reproché mon absence ...
Je lui ai dit je comprends ta souffrance et ta colère et les émotions qui remontent en toi...
Mais, je n'ai pas eu le choix, j'ai accepté ce que la vie a exigé de moi...
Je n'avais aucune culpabilité et je comprenais sa peine très profonde...
Moi non plus je n'ai pas eu de père, donc je sais très bien ce qu'elle ressentais et ce qu'elle avait vécue loin de moi...
------------

Je dois accepter ce "qui est" avant de le changer...

Il y a une différence entre un "rôle" et une "fonction" comme être "père" et de s'occuper d'un enfant. C'est valable pour tous les parents...
Si on est "trop identifié" avec la fonction, cela devient un rôle, et vous ne pouvez laisser tomber le rôle... et il reste coller à vous...  Même quand l'enfant devient adolescent, vous continuez à vous comporter comme  quand il était petit...  Vous continuez d'essayer de le contrôler, de le protéger... Ce n'est pas plus approprié...

Les enfants sont devenus adultes et sont encore traités comme de "petits enfants"...
Ils crient qu'ils doivent protéger et garder le contrôle sur ce qu'il fait...
Trop loin dans les fonctions, surprotéger....
Ce que l'enfant a besoin, c'est d'une présence... juste d'être avec lui...
-------------
Exemple: "Émotion de culpabilité de la mère"
1) La mère qui travaille de 9 à 5 et qui se "sent coupable" de laisser son enfant toute la journée...
2)  La mère qui reste à la maison, et qui "culpabilise" parce qu'elle joue avec son enfant et qu'elle s'ennuie toute la journée...

3)  Les mères qui ont un enfant autiste, elles ont une énorme quantité de culpabilité...
La mère se sent coupable que son enfant soit devenu autiste...
----------
Comment se soulager de cette culpabilité en tant  que "PARENT"  ?

Il y a une "structure" qui produit ce sentiment de culpabilité...
Dans notre monde actuel, on ne peut pas "tout faire"...
On ne peut pas être au travail et à la maison en même temps ...

Donc, l'esprit peu importe la situation va sortir la même structure...
À moins d'être très vigilent afin de reconnaître que ce sont les structures de "l'ego".
Qu'elles n'ont rien à voir avec le contenu...

Les activités de l'ego:
1) Blâmer...
2) Faire ressentir de la culpabilité...
L'ego fonctionne à partir de son vieux conditionnement.
Quand de vieilles pensées viennent... Elles sont générées par l'ego...
Quand vous les reconnaissez elles perdent leur pouvoir...
---------------------
Je propose de lire section "la vrai estime de soi" si ma mémoire est bonne, 
dans le livre  "Nouvelle Terre" de Eckart Tolle.
---------------------
Voilà Nourcito,
les pistes de solutions que je peut t'offrir pour aider dans ton cheminement...
Demandes à la Vie de t'apporter toute l'aide dont tu as besoin, elle t'écoutera...

Avec Amour
Pierrot de la Lune


La seule constante dans tout l'Univers est le changement   cool
Il existe deux manières de travailler avec la lumière :
la première est de refléter la lumière, et l’autre est d’être la lumière.

« Je fleurirai, partout, où je me plante... »

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#3 18-02-2012 21:36:17

Nourcito
Nouveau membre

Re: Questionnement sur l'attitude juste face à son enfant autiste profond

Merci Pierrot de la LUNE pour cette réponse détaillée.

Ça m'a fait du bien de te lire, même si je reste ... perplexe ...


Le pire des conseillers est celui qui croit savoir.

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#4 19-02-2012 11:28:28

Georges
Membre

Re: Questionnement sur l'attitude juste face à son enfant autiste profond

Bonjour Nourcito,

Merci pour ton témoignage et pour ton invitation à échanger sur un sujet difficile et qui fait ta vie actuelle.

Evidemment le sujet est complexe et très interpellant, et chacun y trouve la réponse qui découle de son propre vécu, de sa propre expérience. Et c'est ce qui fait l'intérêt mais aussi la limite de l'échange entre les humains que nous sommes.

Je veux donc juste échanger avec toi sur un point.

Je suis profondément d'accord avec toi quand tu dis  :

Je suis très à l'aise avec le concept d'être responsable de sa vie et avec l'inexistence de la culpabilité qui en découle ... au moins en ce qui concerne les personnes qui ont la possibilité de prendre elles-même en main la responsabilité de leur vie.

Souvent on cherche à nous dire "Tu n'es pas coupable, tu n'y peux rien, ne te fais pas souffrir pour ça, ce n'est pas de ta faute, vis ta vie, au final quelque part cela ne te concerne pas ..."

Et souvent d'ailleurs cela vient de personnes bien intentionnées voire même de "professionnels de la relation d'aide" ; et on sent qu'ils ont un tel désir de nous consoler, de vouloir effacer notre souffrance... qu'ils en oublient l'essentiel !

La vie est relation, qualité d'attachement entre les individus, et la "solidarité", "la coopération" entres le êtres est aussi féconde et porteuse de progrès et d'avenir que "la compétition", "l'individualisation".

Pour donner un exemple, autant je pense que la ministre française impliquée dans le "scandale du sang contaminé" avait tort quand elle disait :

"Je suis responsable mais non coupable"

car disant cela elle ne cherchait qu'à se dédouaner et partant, de fait, elle se désolidarisait.

Autant je pense qu'il aurait été plus juste de dire :

"Je suis non coupable et cependant je reste responsable"

car en disant cela, si je refuse le fardeau de la culpabilité qui m'écrase sans utilité réelle et sans rien apporter de bon (je refuse toute idée de punition) ;

je reste fidèle à mes engagement d'humain. Chaque humain connaît au tréfonds de lui, l'impérative nécessité de la solidarité et de l'entraide, qui a permis jusqu'ici la survie de notre espèce.

Bien sûr Nourcito, que tu n'est pas coupable de la maladie de ton enfant, et que tu n'as pas à être puni pour cela, mais je t'aime Nourcito de ne pas t'accomoder de sa souffrance, de ne pas l'effacer de ta vie, de te savoir et de te proclamer responsable et solidaire. Car ainsi tu ne fuis pas dans l'oubli, tu restes solidaire et actif, tu trouves ta marge de liberté et d'action à travers ces contraintes.

Tu es un vrai père Nourcito, et ne doute aps un seul instant que ton enfant le sache et le sente au tréfonds de lui.

Fais du mieux que tu peux, ce que tu fais déjà et formidable. C'est largement nécessaire et suffisant. Fais confiance en la vie. Donne-toi l'apaisement et la joie. cela te rendra encore plus efficace créatif et inventif pour "répondre" à cette situation, à tes besoins et aux besoins de ton enfant.

Tu n'as pas à l'oublier pour être heureux, il fait partie de ton histoire.

Tu possèdes la ressource et la capacité de l'action juste, modeste, réaliste, pragmatique.

Tu vas trouver le bonheur, non dans la consolation (car je sais que tu ne veux pas te consoler à moindre frais, et cela t'honore) mais dans l'acceptation et l'amour, en sachant que lui aussi le cherche et le trouve à sa façon.

Tu es sur le bon chemin, qui mène à la vraie paix et la vraie joie.

Courage et amitié.

Georges


" L'amitié fait le tour du monde et nous convie tous à nous réveiller pour la vie heureuse."  ÉPICURE

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#5 21-02-2012 13:34:56

Nourcito
Nouveau membre

Re: Questionnement sur l'attitude juste face à son enfant autiste profond

Georges a écrit:

(...) mais je t'aime Nourcito de ne pas t'accommoder de sa souffrance, de ne pas l'effacer de ta vie, de te savoir et de te proclamer responsable et solidaire. Car ainsi tu ne fuis pas dans l'oubli, tu restes solidaire et actif, tu trouves ta marge de liberté et d'action à travers ces contraintes.
(...)

Et bien cela faisait longtemps que je n'avais pas été autant ému par quelques mots.

Il y a là de la matière pour mes prochaines pratiques :-)
Et sans encore m'y être plongé, je vois que cela touche mon jugement envers ceux qui n'ont pas eu la force de prendre leur responsabilités ainsi que mon besoin de reconnaissance ...


Georges a écrit:

(...)"Je suis non coupable et cependant je reste responsable"(...)

Oui, ça me parait tout à fait juste, puisque même si "c'est pas ma faute" cela ne change rien à mes responsabilités.


Merci pour ta réponse.
Je sens qu'elle fait bouger des choses en moi.


Le pire des conseillers est celui qui croit savoir.

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